Archives pour la catégorie Les Transfuges

Grandeur et misère de la condition trans’

Miraculisme surrationnel (apapal, de gauche)

A Gaston Bachelard

Un jour, ma petite soeur Davina me dit :
« Est-ce que tu crois qu’il aurait été possible dans le passé que tu fasses une rencontre assez belle pour te détourner du désir de transitionner ? », en substance.

Je lui ai fait alors une réponse qui, deux ans après sa question, demeure stable :
« Une telle rencontre aurait relevé du miracle, pourquoi pas, mais il n’a pas eu lieu, et cela dit,  je ne vois pas en quoi transitionner me mettrait à l’abri des miracles. »

Deux mots sur les miracles.

Les rationnalistes square tiennent les miracles par définition pour impossibles. Ce faisant il s’agit pour eux de se détacher d’une certaine crédulité encouragée par les religions à avaler n’importe quoi, du moment que cela satisfait un désir infantile de toute puissance et d’idéaux paradisiaques. Ils ont raison au sens où les trois quarts au moins des films occidentaux de ce point de vue ne sont qu’un matraquage éhonté invitant à cette sorte de niaiserie (les super héros, l’identification qui en résulte, les romances de Lelouch, les fantasy, les péplums, les trucs sadiens/sadiques, Rambo, le porno, etc, autant d’inventions d’une usine à mythes rigoureusement axés sur le plaisir compulsif à croire à des jolies (?) choses, totalement circonscrites à la bulle du spectacle, via l’élaboration de simulacres compliqués qui entretiennent l’hypnose dans ce sens …. Je hais Harry Potter avec un sérieux inégalé à ce jour).

Mais on peut recycler la notion de miracle comme étant l’inespéré, non ce qui est impossible, mais ce qu’il est impossible d’anticiper, dont la réalisation est par conséquent, quelle que préparation qui se soit jouée dans l’ombre, une radicale surprise, laquelle est d’autant plus impressionnante qu’elle ne détruit en rien la pensée rationnelle pratique qui précède, mais la renouvelle, la lave, la démultiplie, en élargissant le champ du possible par un saut qualitatif dans la compréhension du réel.
L’ignorance prend alors un tout autre visage que celui de l’abrutissement, d’une vacuité morne : reconnue pour ce qu’elle est, elle devient la porte ouverte de la connaissance sur l’exploration du possible (très) élargi, et c’est l’émergence même de cette faculté qui procure le sentiment miraculeux.

Je garde le mot miracle en raison de la seule rareté manifeste du phénomène, et son impondérable, en tenant qu’il n’a strictement rien d’incompatible avec un solide sens rationnel et se passe parfaitement de tout recours à la magie, aux ovnis, aux évêques, au Loto, à la pharmacopée … etc

Combien d’années, de décennies avons-nous procrastiné notre sortie du placard de par la seule crainte que la réalité soit beaucoup plus dure que le rêve, toujours cultivable en secret, bientôt aussi pâle qu’un navet à force d’ombre et de silence … ?

C’est pour ça que je dis : Trans’, ne rêvez pas, vivez : non, la transition ne vous mettra absolument pas à l’abri du miracle.

***

P.etit S.upplément qui n’a rien à voir (voire) : Tout cela n’enlève absolument rien à la gifle collective que reçoit au quotidien la population sensée face au régime d’exception complètement délétère désormais imposé/aggravé par les grands mâles dominants au prétexte à la suite des attentats de Paris.
Je cherche des raisons d’espérer, c’est tout, mais manifestement tous les espoirs sont devenus déraisonnables. Je n’en vois pas, hors celui d’être détrompée, je l’ai déjà dit, il est des jours où je rêve ardemment qu’on me donne tort, et ça devient mon quotidien, à force.

Do It Yourself

C‘est la paix qui est révolutionnaire.

Avec
de la chance
du temps
et beaucoup de travail,
on peut le voir, peut-être,
une fois dans sa vie.

Mais il nous manque le plus souvent un ou l’autre de ces trois termes nécessaires.
Aussi la paix est-elle rare, d’autant que les fournisseurs honnêtes n’ont pas d’étal à la télévision.

La chance c’est l’occasion de percevoir une fois dans sa jeunesse que notre humanité est première, qu’elle s’étend à toute la sphère et s’en tenir à cela mordicus à la façon d’un voeu définitif.

Le temps c’est celui qu’il faut pour la patience (manifestement la chose la plus longue chose à apprendre)

Le travail c’est ce que je fais avec tout ça : la moitié de mon bonheur vient de ce que me donne le monde, l’autre moitié vient de ce que j’en fais.

Les prétentions révolutionnaires sont monnaie courante, elles ont en commun de vouloir du sang, de la vengeance et de l’extermination, puis, fatiguées, de réclamer de l’ordre à tout prix.
Aussi, en matière de paix,
ce sont les cimetières qui donnent l’exemple.

Mais la révolution véritable (celle qui serait sensée) serait la paix, celle que tout le monde a au berceau dans son cahier des charges, mais dont nous déclinons si facilement toute compétence à améliorer le code, pour 36 000 raisons regrettables absolument indépendantes de notre volonté.

Être adulte signifierait avoir fini sa guerre (de préférence sans assassiner).

Mais tant que les écoles, TOUTES les écoles, programmeront les enfants à suicider Mozart, la révolution portera bien son nom
qui dit qu’elle tourne en rond, petit patapon …

 

Le principe de Guernica

On raconte qu’à la vue du tableau de Picasso « Guernica », un ambassadeur nazi aurait interrogé le peintre:
« -C’est vous qui avez fait cela ? » et l’autre de répondre :
« -Non, c’est vous. »

Quand le sage désigne la Lune …

***

Il faut refuser les amalgames : ne pas confondre d’honnêtes Bretons ou Vendéens assimilés qui ont de plein droit la citoyenneté française et ne demandent qu’à vivre paisiblement en bonne intelligence avec les autochtones, d’une part, et les Pen-Villiers franchouillards intégristes qui n’ont désormais plus besoin de mettre de l’huile puisque oui, Paris brûle, quasi.

Tout le monde s’aime, le deuil s’est déguisé en porte-avion,
le temps est doux, pour la saison,
nous sommes éternels et beaux
puisque le monde nous l’a dit dans Tweeter,
et s’il devait pleuvoir de la merde, ça se saurait.

Dans les cendres, la fille de son père attend tranquillement de ramasser au tisonnier les restes de nos  gueules de bois.

Je t’offre un verre ? Plutôt à l’intérieur, avec tous ces courants d’air …

***

En marge du T-Dor, viens, promenons-nous dans les cimetières :

j’évalue à la louche que les personnes homo et/ou trans’, out ou non dans un pays comme le nôtre doivent représenter environ 5% de la population.

On sait qu’un tiers (de celles qui sont out, au moins assez pour répondre aux enquêtes, évidemment) déclare avoir fait au moins une tentative de suicide dans sa vie

On sait aussi qu’environ au moins 1 tentative de suicide sur 20 réussit, entendez : mène effectivement à la mort.

Et que la France compte environ 66 millions d’habitants toutes générations confondues, mais mettons 55 millions, pour exfilter les enfants.

5% x 1/3 x (1/20) x 55 000 000, l’ordre de grandeur, c’est à coup sûr au moins 45 000 « suicidés de la société » qui manquent à l’appel de la population générale, cachés dans les placards des toutophobes qui pavanent au nom des valeurs sacrées du mariage, de la protection de l’enfance, des vraies valeurs morales vraies, anti-djendeur en passant, et non-abominables de la Fille aînée de l’Eglise.

Aujourd’hui 20 Novembre, donc, pour en revenir au T-Dor, (c’est aujourd’hui, une sorte de Toussaint des trans’, si tu veux), on recense (au moins) 271 assassinats de personnes trans’ dans le monde cette année.

« Ne crois pas qu’elle est close, l’histoire de la barbarie … » (Julos Beaucarne)

Le monde est vaste, camarades,
et, toutes sortes d’enfers confondues,
je crois qu’on n’a pas fini de se promener,
avec nos valises de pierres

***

[Edit] Bon, j’ai encore eu tort, tout n’est pas triste, Sophie Labelle a un joli message pour toi (toujours sur Yagg) …

[Edit-bis] Et encore sur la même source, (Yagg), ceci qu’il te faut voir sans délai !

De la mort à la vie en un seul billet

Dans ma boîte à recevoir les messages du monde entier, je reçois de dôles de trucs, surtout lorsqu’ils se mettent en regard sans me demander mon avis.

Première nouvelle reçue ce matin : l’activiste trans’ Diana Sacayán, -à l’origine de la loi argentine sur l’identité de genre qui nous fait massivement baver d’envie depuis qu’elle a été promulguée
(je cite Wikipédia : « En mai 2012, le Sénat argentin adopte une loi historique sur l’identité de genre, permettant à tous les argentins, majeurs ou mineur (avec le consentement de leur représentant légal), de modifier le genre figurant sur leurs papiers d’identité sans avoir recours à des traitements hormonaux ou une chirurgie de réattribution sexuelle. Le 2 juillet 2012, la présidente de l’Argentine Cristina Fernández de Kirchner a remis les premiers documents d’identité délivrés en vertu de cette Loi lors d’une cérémonie officielle au palais présidentiel. »
Depuis le , le changement de sexe est gratuit en Argentine »

Fin de citation, Christiane, nous t’aimons bien, hein, mais ….)

… bref, Diana Sacayán vient de mourir assassinée d’un coup de poignard. Si tu lis l’espagnol, tu auras la nouvelle bien froide ici : http://23.infonews.com/nota/255594
ou là :
http://www.lanacion.com.ar/1836132-hallan-muerta-en-su-casa-a-la-activista-trans-diana-sacayan

Sans transition, (ben ouais, c’est ça l’actu, coco), donc … euh … une autre niouze débarque dans mon champ de vision (info suffisamment importante pour que Yagg la trouve payante, mais c’est une autre histoire) : elle me vient des infos de France-Culture doublée d’un article  du site 20minutes.fr :
http://www.20minutes.fr/societe/1707979-20151014-personne-intersexuee-preuve-indubitable-peut-vivre-deux-sexes

Ou sur le monde.fr, là :
http://www.lemonde.fr/societe/article/2015/10/14/le-sexe-neutre-reconnu-pour-la-premiere-fois-en-france_4789226_3224.html

ou là http://www.lemonde.fr/societe/article/2015/10/15/sexe-neutre-un-nouveau-genre_4789658_3224.html

où l’on apprend que le TGI de Tours vient (en Août dernier) d’accorder le droit à la mention « sexe neutre » sur l’état-civil d’un-e intersexe hexagénaire.

Mais rien n’est perdu, civilisation,  car  :

« Le parquet a fait appel de la décision, estimant qu’il s’agirait là de la reconnaissance inédite en France d’un « troisième genre » qui n’est pas prévue par les textes »

Ah ben si c’est pas prévu par les textes, crève-donc, chose !

Je case ici des liens que j’aime bien, de la TV suisse :

http://www.rts.ch/emissions/temps-present/1261612-entre-deux-sexes.html

http://www.rts.ch/play/tv/36-9/video/un-corps-deux-sexes?id=4433097,

Et, du même pays, tu peux lire ici, concernant les inters, quelques citations de propos bien débiles analogues à ceux qui nous pendent au nez de ce côté-ci du monde au sujet de la loi trans’ prévue à la discussion en France, tout prochainement, paraît-il.

La civilisation, alarme, alarme,  est menacée de mort par les affreux intersexes, qui font manifestement flipper tout le monde, et il en sera de même pour les trans’, autres « terroristes du genre » (© Vincent Guillot, que j’embrasse au passage) …

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

EXPO TRANS du 9 Octobre au 5 Novembre 2015

 EXPO TRANS

Du 9 Octobre au 5 Novembre 2015
au Centre LGBT Paris Ile-de-France

APPEL A PARTICIPATION POUR UNE GRANDE EXPOSITION AU CENTRE A L’OCCASION DE L’EXISTRANS

 

Dans le cadre de l’EXISTRANS, le Centre LGBT PARIS IDF organise une exposition dans ses locaux pour une plus grande visibilité artistique des œuvres de personnes trans et intersexes.

***

Si vous êtes une personne trans ou intersexe, quelle que soit votre nationalité, vous pouvez proposer vos œuvres jusqu’au 20 août 2015. Un jury se réunira début septembre pour valider (ou non) votre participation. Plusieurs artistes seront présenté-es mais aucun critère de reconnaissance professionnelle n’est exigé.

L’exposition est ouverte aux amateurs-trices comme aux professionnel-les. Tous les sujets représentés sont admis et ne concernent pas forcément la transidentité. Toutes les expressions artistiques sont admises sous réserve qu’elles puissent être accrochées au mur (photos, dessins, textes, arts plastiques).

Toutefois pourront également être présentées quelques vidéos, performances, sculptures… lors du vernissage uniquement. Toutes les œuvres validées devront être prêtes à être exposées (encadrement éventuel, système d’accrochage).

Pour proposer votre candidature, merci d’envoyer des photos d’au moins 4 œuvres par mail à refculture@centrelgbtparis.org avant le 20 août 2015, en précisant EXPOTRANS.

SOFECT : La Société qui sait des trucs

 

spinozaBaruch Spinoza, sorte de Jean-Sébastien Bach de la philosophie

** *** **

Note : j’ai bénéficié d’une chirugie féminisante à Lyon le 12 Juin dernier. Je vais bien, merci. L’équipe de Lyon est certainement celle qui en France mérite le moins les deux ou trois perfidies que j’étale ci-après à l’encontre de la SOFECT. Elle est aussi celle où on peut attendre deux ans sa chirugie après décision protocolaire, c’est quelques mois dans d’autres hopitaux, encore un curieux hasard. Cela dit, merci aux chirurgiens de là-bas. J’ai profité de délais un peu plus courts parce que j’ai été opérée par Mister JET (Jean-Etienne Terrier), élève de Nicolas Morel-Journel, (Dieu-himself) lui même sans doute le seul en France pouvant soutenir une comparaison qualitative à l’international. Il y a plus de trois mois que cet article était sur le feu, mais n’étant pas encore opérée, je paranotais et n’osais le publier …

Au passage, bisou à Ekhma (je n’ai jamais vu votre prénom écrit), jeune stagiaire qui avez découvert le monde trans’ dans le service de Lyon, avec une intelligence et une générosité magnifiques … Merci pour nos échanges passionnés :-)

** *** **

Terre promise, chose due, il y a un moment que je fomente de narrer ici l’une ou l’autre babiole sur la SOFECT, Secte Organisée pour Faire Enormément Caguer les Trans’ « Société Française d’Etudes et de prise en Charge du Transsexualisme », présidée par Mireille Bonierbale, psychiatre scientifique, avec Colette Chiland comme présidente d’honneur (sic), une bien bonne personne assurément qui pratiquait jadis des thérapies de conversion sur des mômes, maltraitances aujourd’hui illégales (ou plus exactement : qu’il a bien fallu rendre illégales dans la foulée lorsqu’on a interdit celles visant à « corriger » l’homosexualité, et assimilées à une activité sectaire, m’a-t-on narré à l’époque de Najat Vallaud Belkacem, mais je n’ai pas su retrouver de texte …) .

La SOFECT, donc, est un soviet lobby constitué en mettant sous une commune férule les équipes hospitalières publiques spécialisées dans le traitement médical du « transsexualisme », au lendemain du rapport de la Haute Autorité de Santé – (HAS-2009) consacré au sujet.

Elle se vante sur son site d’agir en pleine conformité avec les recommandations de ce rapport, ce qui n’a aucun lien avec le fait que ce sont ses membres qui en ont cornaqué la rédaction de A à Z (et pas un mot sur le rapport de l’Inspection Générale des Affaires Sociales (IGAS-2011)  certes imparfait mais nettement plus critique …)

Auto-proclamée un temps « Société Savante » dans le but déclaré de récupérer un peu du lustre vieillot d’une médecine académique d’avant-guerre (nan, celle d’encore avant), elle a fait disparaître cette appelation de la page d’accueil de son site, parce que quelqu’un lui a dit que c’était ridicule (enfin, je suppose).

(Note : Il existe bien des registres de (vraies) sociétés savantes médicales en France mais elle n’y apparaît nulle part, voilà-voilà).

Soucieuse de ma fierté droitsdelhumaniste, je m’impose le devoir de me confronter, comme elle, à un sincère dégoût pour mon objet d’étude, en distillant dans nos laboratoires de Quartiers un peu de sérum sofecticide. J’ai peu d’espoir, je sais bien que cela ne suffira pas, à défaut d’un vaccin, plus impensable encore que nos métamorphoses.

Continuer la lecture de SOFECT : La Société qui sait des trucs

Vanité …

(à Louna)

Elle a vingt ans.

On jacasse sur Skype,  je lui donne quelques conseils pour sa transition.

Vers la fin, elle écrit :

 » tu as énormément de courage je sais pas si moi a ta place j’aurai tenu je te tire mon chapeau et tu mérite que l’on te respecte énormément »

Hein ?

Oui, y’a des fautes, mais si tu savais,
camarade,
comme je m’en tamponne énormément

et comme, en deux lignes, elle a ensoleillé ma journée …

Merci, toi

Les premières fois sont fondatrices

Voici un bout de texte qui date de la nuit des temps (une quinzaine d’années). Il court encore, au point que j’ai eu l’envie de revenir un peu sur l’idée de base, histoire prendre des nouvelles de ce qu’elle est devenue …

 

Les premières fois sont fondatrices
Rappelle-toi le jour
où tu as vu le jour
Peut-être as-tu vociféré
Ou peut-être n’as-tu rien dit
A moins que ce premier jour
ait commencé la nuit
Le cri pour camoufler
L’horrible merveille d’être là
Les premières fois, tiens:
La première fois que tu as fait l’amour (par exemple)
Et plus rien n’est pareil …

[…]

Après ?

Je chérirai la mer

Et comme la mer a lavé la plage endimanchée

Je recommencerai.

* *** *

« Méfiez-vous de votre première impression : c’est la bonne ! » disait Pierre Dac.

Cet effet de « première impression » me paraît une des clefs de la tranquillité que nous pouvons espérer des gens que nous rencontrons. Je m’en vais farfouiller un peu dans cette notion.

Il appartient à l’art de la pédagogie (ruse incluse, et non fourberie) de s’en servir avec un peu de finesse, aussi voici un petit aperçu de ce que j’ai pu vérifier, que chacun-e en fasse son miel autant que possible : je me crois légitime à conseiller dans la mesure exacte où personne en trois ans ne m’a fait (trop) souffrir du fait que je transitionnais, même si je n’ai pas échappé à quelques froideurs transphobes, quelques déceptions, aussi, et les mauvaises surprises demeurent possibles (une femme avertie ….) voire les risques majeurs, dont le ratio de probabilité est toujours irréductible à zéro. La solution de cet insoluble-là : se souvenir que  si on paranote, c’est bien pire ….

Je ne propose pas de techniques pour vivre sur un nuage, toutes vouées à l’echec par construction (le nuage est toujours percé), juste quelques « formules » qu’il est bon d’ avoir sous la main pour l’aventure …

J’aurais envie de dire que le préalable à l’utilisation de ces idées est une determination sans faille, sauf que … c’est précisémment cette determination qui se construit dans leur usage, cela ressemble fort à un problème qu’on suppose résolu, l’oeuf et la poule, quoi, la sortie du cercle infernal ( = l’entrée dans la danse …) découlant de la pratique, du pas à pas, et d’un minimum de doigté .

Donc : comment entrer dans la danse ?

Le principe est qu’une personne determinée EST déterminante. La première personne à avoir convaincue avant quiconque est donc soi-même. C’est valable pour décider de transitionner, c’est valable pour tous les coming-out, plus ou moins volontaires, plus ou moins contraints que nous allons devoir traverser. Le fait d’avoir choisi la transition comme adieu à la pensée suicidaire, et sans aucun plan B dans la poche, m’a rendue inflexible sur les fondamentaux, au point d’envisager tous les obstacles (médicaux, judiciaires ou sociaux) comme de simples postes de douane où je venais signifier mon droit. J’en ai tiré l’impression de tout faire assez confortablement, en fait, habitée que j’étais par le sentiment d’évidence de ma propre légitimité, je n’ai par conséquent jamais cherché à prouver quoi que ce soit, et je crois qu’au fond, on ne me l’a jamais demandé ; il est vrai que j’ai consacré de l’énergie à fourbir des argumentaires, rien que pour me sentir armée et laisser deviner que je l’étais, le but étant d’avoir en réserve de quoi largement épuiser toute contradiction honnête. Ça n’a pas été utile de sortir l’artillerie : j’informais, j’exposais, et c’est tout.

Mais l’assurance intérieure n’emporte pas forcément l’adhésion ou l’empathie, loin s’en faut, elle peut même assez facilement scandaliser, en se montrant péremptoire, en passant pour de l’arrogance ou de l’agressivité. C’est là que la pédagogie entre en scène.

D’abord, je ne considère pas  ma transition comme une lutte, donc ni un casse-pipe, ni une source de gloire-à-nombril. Je me sens légitime exactement au même titre qu’on l’est à se nourrir quand on a faim ou à solliciter des soins médicaux dont on a besoin (ce qui est beaucoup plus sérieux à mon sens que croire qu’on a le « droit » de baiser quand on en a envie, et à ce titre-là, le pansexualisme obsessionnel de la psychanalyse ressemble fort pour moi à une marotte de bien-nourris. Passons.).

Le besoin et le désir présentent un même visage au départ, sauf que le besoin répond à une question de vie ou de mort. Il est donc logique que ce que nous présentons comme une nécessité vitale à notre entourage, alors qu’il ne l’éprouve pas a priori, soit perçu comme un désir, ce qui est un reflexe du « bon sens commun » dont les éminents psychiatres qui nous pourrissent consciencieusement depuis des décennies (genre :  ça) se sont avérés bien souvent incapables de sortir : comme c’est contraire au bon sens commun, c’est une idée folle, ce que répète à perpète Colette la perroquette.

Bref.

Laissons de côté pour l’instant les cas particuliers des médecins au titre plus ou moins honnête de « spécialiste », (et passons aussi sur l’aberration qui veut que le premier à voir soit de façon quasi obligatoire le psychiatre plutôt que l’endocrinologue) et voyons ce qui advient le plus souvent avec le commun.

Le commun c’est l’ensemble des gens qui vous connaissent, plus ou moins vaguement, vous côtoient, parfois de longue date, mais sans être véritablement des proches. C’est votre jus social habituel, commerces, voisins, administration locale, (travail collectif, aussi, c’est pointu, ça vaudrait un chapitre, mais je n’ai pas assez d’expérience) etc, et peu d’entre nous souhaitent/peuvent s’en séparer d’un coup pour tout refaire ailleurs sous une autre forme.

Parce qu’évidemment, déménager ne suffit pas : il faudra renouer des liens, qui pour être neufs, n’en seront pas moins aussi « résistants » ou aussi superficiels que les autres. Pas d’histoires : nous l’avons tou-tes envisagé, ne serait-ce qu’un moment, et constaté sagement en général que c’est au dessus de nos forces et hors de notre désir. En outre un tel projet a beaucoup moins de sens aujourd’hui qu’il y a mettons trente ans, pour une raison simple : aujourd’hui en France, on peut tabler que la majorité des gens ont au moins l’information que la transidentité (au moins sous le vocable de « transsexualisme ») existe. L’idéal de dissimulation totale et définitive de notre passé a vécu. Le cas de figure le plus banal de nos jours est donc la rencontre avec des gens qui savent que nous existons mais qui ne connaissent aucun-e trans’ personnellement.

C’est avec le « commun », donc, qu’intervient de façon privilégiée la pédagogie-éclair de « la-première-impression-qui-est-la-bonne » : le premier contact avec une personne inconnue (ou un caractère inédit d’une personne connue) recèle presque toujours une évaluation réciproque de respectabilité. Celle-ci ne peut s’imposer à votre interlocuteur-e que si et seulement si vous avez pour principe que la vôtre est certaine, et lui attribuez la même d’office (ni plus ni moins, de toute façon, le respect n’a pas à être dosé, il est là ou pas).

Il faut donc éveiller une sympathie humaine de base d’abord, et ensuite seulement un fois le contact établi, expliquer la situation qui amène à dévoiler votre transidentité. C’est l’atmosphère générale de ces instants qui fera percevoir à l’autre, au choix, le sentiment d’une agression dans son univers bien rangé, ou une bonne surprise. Il n’y a pas de miracle, ni de drame, il y a une nouveauté, il faut qu’elle soit plaisante, et nous avons « un coup d’avance » dans la partie qui commence. S’entraîner donc à agir sans arrière pensée, et sans méfiance (ce qui ne signifie pas sans prudence, au contraire : c’est cette dernière qui rend inutile la méfiance)

Ce qui me guidait (c’est toujours vrai, mais moins critique maintenant que ma transition est globalement terminée) dans toutes ces situations, c’est l’idée justement que la première impression que je donne n’est pas seulement valable pour ma personne : nous sommes rares, nous ne pouvons pas ne pas représenter d’emblée les trans’ en général dans la vraie vie. Spontanément les gens vont chercher dans le (très peu) de connaissances qu’ils ont pour nous reconnaître. Il arrive qu’ils aient un a priori négatif et stupide, ça se voit vite, il faut alors s’arranger pour NE PAS ressembler à leur préjugé, le faire manifestement mentir, forcer la reconnaissance de la personne AVANT le jugement sur l’apparence. C’est une course de vitesse qui se joue en quelques secondes à peine.

Des fois on perd …

Selon les cas, c’est le panache, la fuite, ou l’autorité inflexible qui sauveront les meubles. Parfois c’est l’humour, mais les résultats sont aléatoires,  il est en effet difficile de rivaliser de vitesse avec la beauferie, parce qu’elle est presque aussi ubiquitaire que l’esprit, et répliquer au retour dans l’escalier est une piètre consolation – à ne pas négliger complètement, cependant : le débriefing d’une situation pourrie peut donner de précieuses indications sur la manière de ne plus tomber dans certains pièges. Mais il faut que ce soit un vrai débriefing : se contenter d’une rumination vengeresse et impuissante nourrit les aigreurs futures, et ça ne développe pas l’astuce.

Je crois que le fait d’être automatiquement perçue « représentative » de la population trans’, et tout aussi automatiquement comparée aux modèles qu’ont les gens dans la tête impose moralement de travailler un peu notre sens pédagogique.

En offrant une connaissance, plus intéressante qu’un fantasme, en répondant de bonne grâce aux questions posées sans malice, en informant, nous avons une chance d’inciter à la réforme du préjugé. Il en résulte que le préjugé résiduel sera moins mécanique, voire plus près de l’intelligence, et je me dis que cette représentativité involontaire, assumée, peut être utilisée précisément pour le bien commun.

Pour cela, il faut sentir si un reflexe de peur peut être désamorcé par la familiarité, la simple politesse, ou la discrétion : et il ne faut jamais rassurer à l’avance les gens qui n’ont pas encore peur, ça la leur suggère, ainsi que la vôtre, après quoi l’affaire risque de s’engager de travers …

Je pense aussi que nous ne sommes pas encore une communauté, mais que c’est ainsi qu’elle se forge, à pas de fourmi, au quotidien, sur les décennies. De toutes façon la vérité vient à son heure, on ne peut la précipiter, juste apprendre à l’accueillir.

J’aime bien le mot apprendre : qu’on enseigne ou qu’on étudie (le mieux c’est les deux à la fois), il concerne tout le monde.

Les principaux préjugés négatifs me semblent être, en gros :

« C’est un truc pervers », ou bien « c’est un truc de fou ou d’obsédé » (merci les ragots de la psychanalyse) ou encore « c’est trop bizarre » (on dirait « queer » si on connaissait le mot) …

Se montrer directe, parfaitement raisonnable, et banale est la base du détournément de ces postulats.

***

Ces principes t’orienteront bien mieux que l’imbécile boussole du sexe que Chiland présente comme une découverte, alors qu’elle n’est que la revendication diplômée de cette infirmité qui consiste à classer les gens d’abord selon leur groupe sexuel, avant même d’accueillir leur humanité propre. Pourtant c’est encore ça qui guide sournoisement nos obsessions forcenées du passing parfait, alors que ça n’a foncièrement aucun sens.

Nos transitions doivent donner son dû à Narcisse mais surtout pas davantage : notre humanité n’est pas un domaine propriétaire, elle se joue dans les espaces entre l’autre et moi tout autant que dans ma solitude avec mes « invisibles ».

Tout cela est bien fragmentaire, mais pour résumer :

Quelle première impression souhaites-tu donner ? La provocation ? La honte ? La timidité ? L’agressivité ? La quête d’excuses ? La mendicité pour une piécette de tolérance ?

Ou bien, à l’usage, résolument ma préférée :

« Enchanté-e de vous connaître, que puis-je pour vous ? « 

Mesdames, c’est le 8 Mars : votre cadeau gratuit

 

Puisque pendant 364 jours, elles sont invitées à se taire, il est bon qu’on fasse exception aujourd’hui.

-Ah bon ? On les laisse causer alors ?

-Ben on va parler d’elles, disons.

-Ah. Mais … pour dire quoi ?

-Statistiques, salaires, violences, discriminations, meurtres, mutilations, mariages forcés, inéducation, popote, sexe, esclavage, tapin, escarpins,  maquillage, et le portrait d’Isabelle, qui conduit un avion de ligne, et de Môman (qui était une sainte), l’ONU a décidé d’agir, le Bourget qui fait cadeau des frais de port, aujourd’hui, rien que pour les femmes, toussa …

-Ok. On va les laisser causer, alors, ça tombe bien, un Dimanche, y fait beau,

en plus.

(Je sais, j’ai bâclé, normalement Christine devrait écrire un truc )

Sinon, rien à voir,  j’ai reçu ceci dans ma boîte

 

 

Le Juge et le Dogon (fable)

 A Camille :-) 

C‘est un Dogon que les Bons Pères ont instruit avec soin dans la langue de Molière.

Intrépide et curieux, il prend la mer, il vient ici  …

… et le voilà déambulant dans quelque nôtre cité que l’histoire a oubliée, croisant à chaque pas maints quidams aussi pâles que ses vieux instructeurs, déchiffrant les affiches,
les annonces, les avis,
éberlué et ravi …

La soldatesque a bientôt repéré le citoyen étrange, étrangement encostumé, lui demande qui il est où il va,
et comme il faut sauver la République,
elle l’emmène au poste.

Peu au fait des coutumes, le voilà « sans-papiers »,
il en faut référer dare-dare à un juge.

Le juge : « -Monsieur, vous vous dites Dogon. En avez-vous la preuve ? »

Le Dogon : « -Dans mon pays, Eminence, la parole d’un homme est la preuve. »

Le juge : « -Mais c’est très insuffisant, une parole d’homme, enfin, comment peut-on être Dogon ? Qu’on appelle un expert. »

Il vient.

C’est un Monsieur de l’Académie des Sciences, ethnologue de son état et qui, après des mois passés jadis en territoire Dogon ,  écrit depuis trente ans une histoire des Dogons.
En onze volumes.

Il sait.

Après avoir testé quelques minutes l’impétrant dans son idiome,
puis dans le nôtre, il dit :

 » -J’atteste que cet homme est très probablement Dogon »

Le juge : « – Voici la preuve scientifique qu’il nous fallait.

Au nom du peuple Français,
nous pouvons signer l’OQTF, à présent. »