Montagne et la poésie (fable marronnière)

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C‘est l’histoire de deux amies qui s’aimaient si fort qu’elles se jurèrent chacune d’assister à l’enterrement de l’autre, au cas bien sûr où il arriverait qu’elles mourussent quelque peu.

Après une longue idylle d’un bonheur sans nuage il arriva que l’une d’elle un jour connut cet avatar fâcheux.

Naturellement, sa Boétie fut ponctuelle aux cérémonies tant qu’au cimetière, but son saoul de chagrin nécessaire et puis repris sa vie en solitaire, forte de leur gloire passée d’accord autant que de la douce mémoire du serment échangé.

Du temps passa.

Vint enfin le soir où cette seconde amie mourut à son tour (sur le long terme au moins, ces choses sont prévisibles).

Comme promis, la Montagne était là, à l’enterrement, et ainsi le serment jamais ne fut descellé.

Connaîs-tu plus touchant miracle de l’amour et de la fidélité qui soit ainsi capable de transcender tout vif les gouffres de la mort,
ô lecteur gris qui viens de te ruiner pour enfleurer ce jour un de ces champs de granit où dorment les trahisons ?