Comment naissent les papillons ?

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(à Camille)

Prologue

« Si l’on me donnait un vaste territoire chauve
Je planterais au long du jour des arbres
A la fin de ma vie je serais le père d’une forêt » (Julos Beaucarne)

Il est des métamorphoses qui passent par d’affreux crash-tests avec le rien.
Tant de papillons qui naissent cabossés, le savais-tu ?

Et comment diable tiennent-elles, toutes ces graines minuscules attendant parfois 10 ans la pluie dans les déserts du Mexique, pour une apothéose de quelques jours de millions de fleurs quand elle arrive enfin …

Le même Julos disait aussi  » Il y a des réveille-matin qui sonnent comme des clairons
Il y en a peu qui chantent des berceuses »

Mais bon, essayons …

 

LE POINT DU JOUR

Trois perles neuves d’un peu de pluie
Dans le clair du levant
J’y suis seule et regarde
Je n’ai rien dans les mains
Pas l’ombre d’autre chose
Qu’un frisson du matin
Là-bas tu caracolles
Divinité possible
Maîtresse des boussoles
Vois-tu mon ombre ?

Trois mots d’amour un peu de sable
Jetés là au hasard
Et c’est tout un jardin
Qui naît dans nos regards
Le Sahara des hommes
Cache des sources graves
Alors indécidée
Tu refermes ton rêve
Mais le coeur a tout vu
Perceur de coffres-faibles

Parfois l’enfance a la mémoire
Triste et radioactive
Qui rampe dans le noir
Et, faussant le printemps
Gangrène le présent
Du poison des archives
Tu pars ou tu t’éloignes
Renonçant, protégeant
Et appelant destin
L’âpreté de tes chaînes

En attendant je me fais sage
Devant l’aurore nue
Descendant des montagnes
Versant dans mon piano
Des brins de ta lumière
Comme un message antique
Mais l’amour anarchiste
Est un grand pyromane
La nuit devient musique
C’est le fou qui fait dame

Je crois encore aux ombre lentes
Des amitiés anciennes
Qui offrent aux automnes
Des promesses de graines
Tant que durent les vagues
Je guette le rivage
Et puis le soir venant
Doucement je murmure
Pour que tu refleurisses
Et quittes ton armure

 

© Sacem – 2002